La maison de son être

Lorsque le praticien donne une séance, lorsqu’il a un pied entre les mains, il est conscient d’être en contact avec les trois aspects de la personne: énergétique, mental, émotionnel, au niveau du manifesté c’est-à-dire au niveau des notions de temps, d’espace, de matière (forme), au niveau de la dualité. Grâce au Principe de la Correspondance, il sait que ces trois aspects sont le reflet d’un autre domaine, celui de l’unité, du non-manifesté, de tous les potentiels, hors des notions de temps, d’espace, de forme. Unité et dualité, manifesté et non-manifesté, expression de l’ultime, au-delà des notions de temps, d’espace, de matière.

Le praticien se tient dans « la maison de son être », il ne s’identifie pas, ne manipule pas.
Il est conscient qu’il ne donne rien, à l’image de la terre qui ne donne rien à la plante.
La terre est présente, ce n’est pas elle qui donne, ce sont les racines qui prennent ce dont elles ont besoin. De même, au contact du praticien, la force de vie de la personne qui demande la séance peut s’imprégner de ce qu’elle estime nécessaire.

Se tenir dans la maison de son être n’est pas immobilité, passivité. C’est la façon simple, naturelle de laisser s’enrichir la terre que nous sommes par la pratique du détachement: noter les faits, reconnaître leur présence, les laisser être, conscients que leur propre énergie permet leur transformation selon une direction déjà inscrite à l’intérieur de ces faits. Le moindre frémissement émotionnel, la moindre perception est alors source d’énergie.

« Se tenir dans la maison de son être » ne concerne-t-il que la situation « praticien »?

Gaston Saint-Pierre disait souvent en début d’atelier: « Si vous êtes ici pour aider les autres, vous pouvez partir immédiatement, si vous êtes ici pour vous, vous êtes à la bonne place. »

Donner une séance est un moment privilégié, une situation où nous sommes conscients de l’importance du détachement.
Peu à peu, cette attitude précieuse, nous éprouvons le besoin de l’accueillir dans la vie quotidienne, dans le domaine des relations comme dans le domaine des perceptions.

Se tenir dans la maison de son être, « demeurer en soi-même », dit Maître Eckhart (XIII ième siècle). Dans le petit livre « Du détachement et autres textes » chez Rivage poche, on lit: « Prends une comparaison: une porte s’ouvre et se ferme sur un gond. Je compare le panneau extérieur de la porte à l’homme extérieur, le gond en revanche, je le compare à l’homme intérieur. Or que la porte s’ouvre ou se ferme. le panneau se tourne ici et là, et cependant le gond reste immobile en un lieu et pour cette raison ne subit aucun changement, » Cette analogie nous sensibilise aux deux aspects de notre être: « l’homme extérieur » au niveau du quotidien, dirigé, contrôlé par le mental et « l’homme intérieur », notre partie inoxydable comme j’aime à dire, lien avec l’être total que nous sommes en potentiel.

Dans la notion de détachement tel que nous le définissons ici: noter les faits, reconnaître leur présence, les laisser être. « laisser » et « être » permettent de comprendre l’importance de la collaboration entre les deux aspects de notre être. « Laisser » est le niveau du mental, le mental est d’accord de ne pas contrôler et « Etre » fait le lien avec ce potentiel qui n’est pas accessible au mental.

Comment sentir si nous sommes dans la maison de notre être?

Lorsque nous ne sommes pas dans la maison de notre être:
– sur le plan mental et/ou émotionnel, nous sommes incapables de noter, reconnaître, laisser être, nous sommes happés par le fait, identifiés au fait. Nos actions sont des réactions, nous restons sur le plan horizontal de la dualité.
– sur le plan physique, nous pouvons ressentir une impression de malaise, de déséquilibre, comme un rouage faussé.

Lorsque nous y sommes:
– sur le plan mental et/ou émotionnel, nous notons, reconnaissons les faits, les laissons être naturellement (un effet secondaire intéressant: nous devenons conscients qu’une seule personne a le pouvoir de nous blesser: nous-mêmes.)
– sur le plan physique, il y a souvent une sensation d’être bien enraciné, une sensation de densité, de verticalité, une joie profonde.

Rentrer à la maison, c’est être d’accord de faire corps avec sa véritable autonomie.

Se tenir dans la maison de son être, c’est reconnaître que la Vie s’exprime à travers soi.
C’est sentir que s’exprime une identité mystérieuse à travers l’impermanence d’états successifs.
Danse des métamorphoses qui permet à ce que je suis de se révéler à partir de qui je suis.

Gaston Saint-Pierre disait:

« Ici, on est à la fin de la quête, à la fin de notre recherche, à la fin de notre poursuite, de là l’importance de rentrer dans la maison de son être. »

Et « La maison de ton être, toi seul peut y habiter. »

Et nous seuls pouvons la visiter. Personne ne peut le faire à notre place. Cela implique persévérance, attention vive aux faits non seulement quand nous donnons une séance mais dans notre vie quotidienne. D’où, encore une fois, l’importance de la pratique du détachement, matrice d’amour au sein de laquelle tout fait a la possibilité de se transformer.

Découvrir, visiter sa maison, n’est ce pas enrichir la terre que nous sommes?

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